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L’IRIS conclu que le Pontiac fait figure de parent pauvre de l’accès aux soins de santé en Outaouais

L’IRIS conclu que le Pontiac fait figure de parent pauvre de l’accès aux soins de santé en Outaouais

5 novembre 2021 à 12:00

Mise à jour le 13 septembre 2022 à 3:49

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a rendu public le Portrait des inégalités d’accès aux services de santé en Outaouais. L’IRIS arrive à la conclusion que le sous-financement affecte l’ensemble de la région de l’Outaouais, mais aussi que les MRC éloignées de Gatineau comme le Pontiac et aussi la Vallée-de-la-Gatineau font figure de parent pauvre concernant l’accès aux soins de santé en Outaouais.

En entrevue à CHIP 101,9, le chercheur à l’IRIS, Bertrand Schepper, indique que la centralisation et le manque de soin de deuxième et troisième ligne cause de sérieux problèmes à notre réseau de la santé. « Une réflexion s’impose également sur la capacité de nos institutions à offrir un accès équitable aux soins et services de santé dans les différentes municipalités régionales de comté (MRC) de l’Outaouais », indique Bertrand Schepper. La centralisation du réseau depuis 2004 a participé à rendre les services moins adaptés dans les régions éloignées comme le Pontiac ou la Vallée-de-la-Gatineau. L’accès aux soins de deuxième et troisième lignes de même qu’aux soins de santé mentale y est très limité, voire inexistant. Par exemple, l’Hôpital de Gatineau compte à lui seul 96,6 % des usagères des services de maternité. Non seulement ces MRC sont plus éloignées et dépourvues de services, mais l’espérance de vie y est également plus basse que la moyenne québécoise. Sans surprise, ce sont aussi dans les communautés où la proportion de personnes autochtones est la plus élevée que la défavorisation matérielle est la plus importante» », explique M. Schepper.

Bertrand Schepper insiste, les soins de première ligne sont insuffisants en Outaouais.
« À Gatineau, les soins de première ligne comme les consultations dans les CLSC et les cliniques médicales font défaut à un point tel que la population doit se rabattre sur les urgences, qui s’en trouvent saturées. Le délai de prise en charge médicale y est beaucoup plus élevé que la moyenne québécoise (3 h 14 à l’Hôpital de Hull, 3 h 56 à celui de Gatineau et 3 h 10 en moyenne pour l’Outaouais, contre 2 h 23 au Québec). On constate aussi qu’entre 18,9 % et 20,4 % des patient·e·s quittent l’urgence avant d’être pris en charge dans ces deux mêmes hôpitaux. C’est le double de la moyenne québécoise (10,2 %) », précise le chercheur de l’IRIS.

La solution avancé par le gouvernement d’un nouvel hôpital ne sera pas la solution à tous les problèmes existant croit l’IRIS. « Les investissements à Gatineau sont indispensables, mais le nouvel hôpital sera nettement insuffisant pour répondre aux besoins de la population. Il faut absolument remédier aux problèmes d’accès aux soins de première ligne », explique l’IRIS.

Une région tout entière sous-financée
Un an après la publication, en 2018, d’une étude de l’IRIS qui mettait en lumière le sous-financement du système de santé et de services sociaux en Outaouais, l’Assemblée nationale du Québec a officiellement reconnu à l’unanimité le problème. Ce sous-financement entraîne notamment des difficultés d’accès aux services d’urgence, aux soins hospitaliers et aux services de santé mentale. « En Outaouais, l’accès aux soins de santé est toujours sous la moyenne québécoise, mais les inégalités sont encore plus grandes entre les MRC », conclut le chercheur. Prendre note que les données qui ont été pris en compte dans cette étude, ne tiennent pas compte du bris de service de l’obstétrique qui dure depuis deux ans à l’Hôpital du Pontiac. L’étude prend compte seulement des données recueillis en 2018 et 2019.

Les indicateurs en matière de santé restent plus faibles en Outaouais que pour la moyenne québécoise. Voici les faits saillants de l’étude :

– L’espérance de vie est de 79,4 ans dans le Pontiac et de 79,3 ans dans La Vallée-de-la-Gatineau. La moyenne québécoise est pourtant de 82,8 ans.
– L’Hôpital de Gatineau compte 96,6 % des usagères des services de maternité alors que 72 % de la population de l’Outaouais habite Gatineau.
– Le Québec compte 2,51 médecins par mille habitants, contre seulement 1,54 en Outaouais.
– Le nombre d’infirmières est de 7,34 par mille habitants au Québec, mais de 5,00 en Outaouais.
– La proportion de départs de l’urgence sans prise en charge s’élève en moyenne à 14,9 % en Outaouais, contre 10,2 % pour le Québec. À Gatineau, c’est entre 18,9 % et 20,4 %.
– Le délai de prise en charge médicale est beaucoup plus élevé dans les urgences de l’Outaouais que la moyenne québécoise : 3 h 14 à l’Hôpital de Hull, 3 h 56 à celui de Gatineau et 3 h 10 en moyenne pour l’Outaouais, contre 2 h 23 au Québec.

L’entrevue complète avec Bertrand Shepper est disponible ici.