COVID-19
Quand est-il pour les femmes enceintes travaillant dans les pharmacies ?
Article mis en ligne le 30 mars 2020
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Sophie Châtillon est pharmacienne et enceinte. Elle s’est exprimée pour expliquer sa situation et ce qu’elle a vécu au travail en cette période mouvementée, provoquée par la pandémie de la COVID-19. En entrevue à CHIP 101,9, elle a dénoncé le fait qu’il n’existait aucune recommandation concernant les femmes enceintes dans cette situation.

Son intervention a été bien reçue par ses pairs, mais Sophie Châtillon espère qu’il y aura dans l’avenir des mesures mises en place pour ce genre de situation.

L’entrevue avec Sophie Châtillon est disponible ici.

Lettre de Sophie Châtillon

‘L’amour d’une mère pour son enfant ne connaît ni loi, ni pitié, ni limite. Il pourrait anéantir impitoyablement tout ce qui se trouve en travers de son chemin’ – Agatha Christie

Madame, Monsieur,

Mon nom est Sophie Châtillon et je suis une pharmacienne enceinte de 17 semaines qui vit présentement dans l’incertitude que crée cette pandémie, comme des milliers de québécois(es). Mais avant tout, je suis une mère. Une mère d’un beau garçon, Arlo, de 14 mois et la mère d’une petite fille en route pour le mois d’août. Je vous écris aujourd’hui en désespoir, car je suis allée au bout de toutes les avenues qui s’offrent à moi et j’ai besoin de vous pour m’aider à anéantir les obstacles qui se trouvent encore en travers de mon chemin.

La réalité des employés en pharmacie durant cette pandémie est très méconnue par le peuple québécois. Dès l’ouverture, nos pharmacies se remplient de patients, patients qui pour la plupart, présentent des symptômes grippaux, reviennent de voyage en omettant la quarantaine ou patients entrés en contact possible avec la covid-19 et qui négligent la notion de la quarantaine, croyant qu’il est sans danger de se présenter en pharmacie. Comme le pharmacien est le professionnel de la santé le plus accessible, nous demeurons toujours disponibles pour aider nos patients, même si ceux-ci ne respectent pas les mesures de sécurité répétées maintes fois pas notre gouvernement et la santé publique. Chaque jour nous mettons à risque notre santé et celle de nos familles. Pour empirer la situation, les gants, gel antiseptique ainsi que les masques sont des denrées rares ces jours-ci. Jour après jour nous nous présentons aux fronts, prêts au combat, avec, pour la plupart de mes collègues, seulement qu’un sarrau blanc pour nous protéger. Notre désir inné et notre devoir d’aider nos patients nous donnent le courage nécessaire pour compléter nos journées de travail. Mais vous comprendrez que le stress et les inquiétudes causées par le coronavirus, notre ennemi, deviennent excessivement lourds à subir. Ce stress est d’autant plus amplifié lorsque nous sommes également enceintes et responsable de protéger la petite vie fragile que nous portons à l’intérieur de soit. En tant que mère j’irais jusqu’au bout du monde pour protéger cet être que j’aime déjà tant sans même l’avoir rencontré et c’est pourquoi je demande votre aide.

Après plusieurs appels auprès de la santé publique et de la CNESST dans le but de faire prévaloir mes inquiétudes, on me répète sans arrêt que les employés en milieu de la pharmacie communautaire ne sont pas à risque du coronavirus, notion que j’ai énormément de difficulté à croire puisque la majorité de nos patients ne respectent pas les consignes émises. Pour cette raison, toute pharmacienne enceinte n’est pas présentement admissible au retrait préventif pour assurer une maternité sans danger. Par contre, lorsqu’une patiente s’est présentée aujourd’hui en pharmacie pour demander conseil pour un sirop pour soulager sa fièvre et sa toux, comment pouvais-je être certaine qu’elle n’était pas atteinte du coronavirus ? Et lorsque nous nous sommes déplacées ensemble dans l’allée des produits en vente libre et qu’elle n’a pas respecté la distance d’un mètre entre moi et elle, et qu’elle a touché mon bras, comment puis-je être certaine qu’une transmission communautaire de la covid-19 n’a pas eu lieu ? La réponse est qu’il n’y a aucune façon de le savoir et donc de dire que nous ne sommes pas à risque présentement est tout à fait un mensonge.

De plus, on me mentionne qu’il n’existe pas de risque présentement ni pour moi ni pour mon bébé. Par contre, le document émis par la santé publique (INSPQ) ‘COVID-19 (SARS-CoV-2) : Recommandations intérimaires sur les mesures de prévention en milieux de travail pour les travailleuses enceintes ou qui allaitent ‘ dit autrement. Malgré le peu d’informations disponible actuellement, la littérature rapporte tout de même des issues défavorables de grossesse pour les femmes enceintes atteintes de la covid-19 telles qu’une rupture prématurée des membranes, de la mortinaissance ainsi que de la détresse respiratoire du nouveau-né.

Quoique la transmission verticale demeure toujours un sujet à l’étude selon l’INSPQ, la Société des Obstétriciens et Gynécologues du Canada (SOGC) a déclaré le 13 mars que :
- ‘En raison des changements physiologiques inhérents à la grossesse, les femmes enceintes atteintes d’une infection des voies respiratoires inférieures présentent souvent une évolution plus préoccupante par comparaison aux personnes non enceintes’

La SOGC a également mentionné que :
- ‘Compte tenu des données limitées, il est trop tôt pour déterminer si l’on doit s’attendre à un taux élevé d’issues défavorables chez les femmes enceintes ayant contracté la COVID-19.’
En cas de doute, pourquoi ne pas agir par prudence et retirer les pharmaciennes enceintes immédiatement ? Le risque d’infection à la covid-19 est clairement augmenté en raison des contacts étroits que nous avons avec nos patients malades et il est impossible de dire avec certitude que le virus n’aura pas d’impact négatif. Qu’attendent notre gouvernement, notre ministre de la santé ainsi que les médecins de la santé publique pour prendre action et réviser les lignes directrices actuelles ? S’il vous plaît, aidez-moi à faire avancer ce dossier qui est d’une importance primordiale avant qu’il ne soit trop tard. Peut-être qu’avec votre voix, nous nous ferons entendre.

Merci d’avance pour votre collaboration,

Sophie Châtillon, pharmacienne

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